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Deux grands-parents se sont rencontrés via un club de lecture — cinq ans après

By admin Mar 07, 2026 6 min read
Deux grands-parents se sont rencontrés via un club de lecture — cinq ans après

Bernadette avait 67 ans et lisait Annie Ernaux. Gilles avait 70 ans et relisait Simenon. Cinq ans plus tard, ils partagent une bibliothèque.

Le deuxième jeudi du mois, à 18h, dans la médiathèque de Nantes, une douzaine de retraités se réunissent autour d'une grande table. Ils ont tous lu le même livre depuis quatre semaines. Ils en parlent pendant deux heures. Puis ils se dispersent.

C'est comme ça qu'un soir d'octobre 2020, Bernadette a vu Gilles pour la première fois. Elle avait 67 ans. Il avait 70.

Aujourd'hui, ils ont 72 et 75. Ils vivent ensemble dans l'appartement de Bernadette, près du château des ducs de Bretagne. Ils ont cinq petits-enfants à eux deux. Et le club de lecture continue.

"On n'allait pas là pour rencontrer quelqu'un"

C'est la première chose que Bernadette tient à préciser. "On n'allait pas là pour rencontrer quelqu'un. On allait là pour lire et pour parler de ce qu'on lisait. Si j'avais pensé que c'était une activité pour célibataires, je n'y serais jamais allée."

Elle insiste. Il y a, dit-elle, une pudeur particulière à son âge qui résiste à l'idée de "se mettre sur le marché". Les inscriptions aux applications lui paraissaient indignes. Les soirées célibataires organisées dans les salons de thé pour seniors l'ennuyaient d'avance.

"Je voulais vivre ma retraite en faisant des choses qui me plaisaient. La rencontre, si elle devait arriver, arriverait là."

Le livre qui a commencé la conversation

Ce mois d'octobre-là, le club lisait Les Années d'Annie Ernaux. Un livre difficile, collectif, qui raconte une époque à travers la mémoire d'une femme.

Bernadette a pris la parole vers la fin de la réunion, a parlé de son propre rapport à l'écriture d'Ernaux, du sentiment d'une génération qui se regarde enfin. Gilles écoutait. Il est intervenu après elle, a nuancé un de ses propos, a ajouté une référence à un autre livre d'Ernaux qu'il venait de relire.

"Je me souviens exactement de ce qu'il a dit, parce que c'était intelligent, et surtout parce qu'il a dit sa nuance sans m'écraser. C'est rare, chez les hommes de cet âge, de corriger quelqu'un sans écraser."

Six mois à se croiser chaque mois

Pendant six mois, ils se sont retrouvés une fois par mois dans ce club. Ils se saluaient, échangeaient quelques mots avant ou après la réunion, pas plus. Gilles était veuf depuis trois ans. Bernadette était divorcée depuis dix.

"Je voyais bien qu'on se cherchait un peu du regard. Mais ni lui ni moi n'avons fait le pas. J'aimais cette lenteur. Je crois qu'il l'aimait aussi."

Le café après la réunion d'avril

En avril 2021, à la fin de la réunion, il lui a proposé un café dans la brasserie d'à côté. "J'ai dit oui sans hésiter, mais aussi sans drame. J'ai pensé: on va parler une heure, c'est agréable, c'est tout."

Ils ont parlé trois heures. De leurs familles, de leurs vies, de leurs livres, de leurs regrets. Pas de promesses, pas de séduction appuyée. Deux adultes qui découvraient qu'ils avaient beaucoup à se dire.

"À la fin, il m'a raccompagnée jusqu'à mon tram. Il m'a dit: 'J'aimerais qu'on se revoie, pas au club.' J'ai dit oui."

Les enfants: la prudence des deux côtés

Bernadette a trois enfants adultes, dont deux vivent près de Rennes. Gilles a deux enfants, une fille à Vannes et un fils à Nantes.

"J'ai attendu trois mois avant d'en parler à mes enfants. J'avais peur de leurs regards, vraiment. À 67 ans, leur dire 'maman a un amoureux', c'était presque incongru."

La réaction de ses enfants l'a surprise. Son fils cadet a simplement dit: "Maman, tu as le droit." Sa fille aînée a été plus prudente, a demandé à rencontrer Gilles, puis a été conquise en un déjeuner.

Du côté de Gilles, le chemin a été un peu plus long. Sa fille, proche de sa défunte mère, a mis plus d'un an à accepter sereinement Bernadette. "Elle a eu besoin de temps. Je ne lui en ai jamais voulu. C'était normal."

Ne pas vivre ensemble tout de suite

Pendant deux ans, ils ont gardé leurs appartements séparés. Ils se retrouvaient trois, quatre soirs par semaine. Ils partaient en voyage ensemble — Venise, les Pouilles, un circuit en Irlande.

"Je pense que cette lenteur a sauvé quelque chose. On s'est choisis sans se précipiter. On est restés soi-même pendant qu'on devenait aussi 'nous'."

En 2024, Gilles a vendu son appartement. Il est venu s'installer chez Bernadette. Ils ont refait la chambre, ensemble. Ils ont fusionné leurs bibliothèques — six mille livres au total, répartis sur quatre murs.

Les petits-enfants

Ils ont maintenant cinq petits-enfants cumulés, entre 3 et 14 ans. Les plus jeunes appellent Gilles "Gilou" et Bernadette "Mamine". Les plus grands les appellent par leurs prénoms.

"Ce qui m'a étonnée, c'est la facilité avec laquelle les petits nous ont acceptés ensemble. Ils ne portent pas le poids de nos histoires d'avant. Ils voient simplement deux grands-parents qui les gâtent."

Le rythme d'une vie à deux à cet âge

Leur semaine ressemble à ceci: lundi et mardi, ils vont chacun à leurs activités (elle fait du yoga, il fait partie d'une chorale). Mercredi, ils gardent l'aîné des petits-enfants. Jeudi, club de lecture. Vendredi, dîner avec des amis. Le week-end varie.

"On ne se voit pas vingt-quatre heures sur vingt-quatre. C'est important. On a besoin de temps séparés pour que le temps ensemble soit précieux."

Ce que Bernadette voudrait dire à ceux qui hésitent

Elle réfléchit. Puis:

Je voudrais leur dire que l'amour à notre âge n'est pas une surprise. C'est une évidence quand il arrive. Il ne fait pas de bruit. Il ne ressemble pas à ce qu'on lit dans les romans. Il ressemble à un dimanche matin où on prend le café sans avoir rien à dire, et où ce silence est suffisant.

Ce que Gilles ajoute

"J'ai failli ne pas aller à ce club de lecture. Le premier mois, j'ai hésité. Je pensais que ce serait des dames qui parleraient de bouquins en commérant. Je me suis trompé. Et si j'avais suivi mon intuition paresseuse, je n'aurais pas rencontré Bernadette."

Il pause. "Parfois, il faut s'obliger à sortir. Pas pour rencontrer. Juste pour être là où les rencontres peuvent arriver."

Trois choses à retenir

Ce soir, si vous êtes un grand-parent seul qui hésite devant l'idée de sortir, repérez une activité qui vous plairait pour elle-même. Inscrivez-vous sans stratégie amoureuse. Allez-y deux fois sans attendre. Et laissez les choses se faire.

Bernadette et Gilles, ce jeudi, seront au club comme les autres mois. Ils parleront d'un livre. Ils rentreront ensemble. Leurs bibliothèques les attendent.

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